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L’ECRAN DU PLUS FORT : Devons-nous tous voir les mêmes films ?


Bonjour, voici l’intégralité de la tribune ACID publiée dans LE MONDE daté du mercredi 8 mai et ses premiers signataires.

Pour rejoindre cet appel : http://www.petitionduweb.com

Depuis quelques mois, le cinéma français traverse une crise grave. Un point essentiel est pourtant resté dans l’ombre: l’accès des films aux salles. 

Pour les films dits «de la diversité», films indépendants, à budget réduit, souvent sans acteurs connus, et non financés par les chaînes de télévision – les conditions de distribution et donc d’accès aux publics se sont considérablement dégradées. Ces films, qui tentent de nouvelles formes d’écriture, de représentation, de sujets, véritable vivier du cinéma de demain, sont de plus en plus exclus des écrans. Or, de tout temps, cette marge, comme certains ont aimé la qualifier, a compté. Avant que leur cinéma ne trouve le chemin d’un plus large public, des cinéastes tels que Renoir, Tati, Godard, Truffaut, Pialat, et tant d’autres de différents horizons : Rossellini, Chahine, Fassbinder, Loach, Almodovar, ou plus récemment, Guédiguian, Denis, Belvaux, Cantet, Amalric, Donzelli, pour ne citer qu’eux, s’inventaient dans cette marge. Demain, il n’en sera plus ainsi. Et demain veut dire tout à l’heure.

La faute à qui ? Aux films, entend-on, qui ne seraient plus adaptés aux attentes du «public». Une simple affaire de goût et de changement d’époque en somme…

Pourtant, si l’on se penche sur les chiffres, ce soi-disant sacro-saint baromètre du supposé goût du public, tout n’est pas si simple.

Prenons par exemple la semaine du 13 février dernier. Sur les 5600 écrans que compte l’hexagone, 4693 écrans étaient monopolisés par 10 films. Avec un taux d’occupation des écrans de 80%, pas étonnant que ces dix films se retrouvent en tête du box office, même si certains d’entre eux ont mobilisé moins de vingt spectateurs par séance et ne doivent ce bon classement qu’à leur surexposition. Est-il utile de préciser qu’aucun de ces 10  films n’était distribué par un distributeur indépendant?

Une fois les mastodontes servis, restaient donc 900 écrans pour les 92 autres films à l’affiche, soit une moyenne de 10 écrans par film sur la France entière. Voilà qui réduit considérablement les chances d’être vu et de plaire au public, non?

Comme dans d’autres domaines, l’abus de position dominante des grands circuits d’exploitation et les politiques d’offre saturante de gros distributeurs réduisent de manière drastique les possibilités d’existence de toute la chaîne du cinéma indépendant.

Rien de nouveau? Si quand même. En 2012, le passage des salles à la projection numérique a renforcé les inégalités de façon spectaculaire et favorisé certaines pratiques déloyales.

Suivons le chemin tortueux que doit emprunter un film «de la diversité» pour se faire une petite place dans les salles encore disponibles.

Il lui reste maintenant à attirer le fameux public, vous, nous, les autres. Pour ça, la qualité ne suffit pas, il faut de la promotion et une exposition médiatique.  Or ces frais de promotion ont été multipliés par vingt en dix ans; désormais placer une bande annonce se paie à prix d’or dans certaines salles et les partenariats avec les grands médias sont des prestations qui se monnaient.

Pour les moins riches, reste le bouche à oreille. Mais pour que celui-ci s’installe, encore faut-il que le film – qui n’est plus aujourd’hui qu’un fichier informatique – bénéficie d’une exposition correcte sur plusieurs semaines, ne soit pas relégué sur les séances du matin 11h ou déprogrammé d’un simple clic le week-end au profit d’un film plus immédiatement «porteur» ou… d’un opéra ! Et même avec de bons résultats, il risque tout de même de disparaître la semaine suivante au profit d’un autre film sorti par un distributeur plus musclé. Au mépris de la présence du public…

Si on laisse le marché se «réguler», comme certains le souhaitent actuellement, il ne restera bientôt plus en salles que les films produits par les grands studios, les chaînes de télévision, leurs filiales, et les groupes intégrés de production-distribution. Est-ce vraiment le choix du «public» ? Nous ne le croyons pas, nous cinéastes qui, tout au long de l’année, dialoguons avec ce même public  dans les salles indépendantes.

C’est pourquoi il est urgent de défendre ensemble, cinéastes, producteurs, distributeurs, exploitants et spectateurs, l’indépendance et la diversité dans les salles de cinéma.

Nous demandons :

– une réforme du compte de soutien du Centre National du Cinéma qui permet actuellement aux grands circuits de multiplier leurs implantations sur tout le territoire.

– une concertation interprofessionnelle sur les conditions d’exposition des films

– une limitation du taux d’occupation des écrans par bassin de population pour contrer l’hyperconcentration des géants du secteur,

– une redistribution équitable des aides sélectives existantes au profit des distributeurs et des salles indépendantes exposant les films de la diversité dans la durée.

et

– un retour rapide aux engagements contractuels entre salles et distributeurs mettant fin aux déprogrammations de dernière minute.

Les films indépendants composent des représentations du monde, de tout le monde, hors des grands schémas imposés par les industries de la communication et de l’information.

Toutes les discussions actuelles à propos de la couverture chômage des intermittents du spectacle, du sous-financement des films, de la convention collective et de l’état de la critique, sont intimement liées à ce problème : si les films – nos films – ne peuvent plus, demain, parvenir dans les salles de cinéma, si de nouveaux cinéastes ne peuvent pas émerger, à quoi bon de nouvelles mesures, de nouveaux débats. N’y a-t-il pas, là, de quoi asseoir la déception sur un trône : d’un côté nous nous battons tous pour que nos films se fassent, de l’autre nous n’aurons bientôt plus de lieu où rencontrer le public.

Les films, tous les films, construisent un patrimoine unique devant rester pluriel, ouvert, vivant et diversifié. Ils sont notre bien commun.

L’ACID

http://www.petitionduweb.com/Petition_appel_l_ecran_du_plus_fort-1001061.html

signataires :

Namir Abdel Messeeh, Myriam Aziza, Fleur Albert, Karin Albou, Solveig Anspach, Michel Andrieu, Alima Arouali, Olivier Babinet, Laurent Bécue-Renard, Lucas Belvaux, Sébastien Betbeder, Simone Bitton, Pascale Bodet, Serge Bozon, Jean Brehat, Chantal Briet, Joël Brisse, François Brauge, Dominique Cabrera, Oriol Canals, Béatrice Champanier, Jean-Paul Civeyrac, Christophe Cognet, Inès Compan, Catherine Corsini, Denis Coté, Cati Couteau, Sylvaine Dampierre, Isabelle Dario, Delphine Deloget, Claire Denis, Fabianny Deschamps, Arnaud des Pallières, Pascal Deux, Ariane Doublet, David Dusa, Claude Duty, Hicham Falah, Philippe Fernandez, Jean-Charles Fitoussi, Aurélia Georges, Jean-Baptiste Germain, Denis Gheerbrant, Mika Gianotti, Emmanuel Gras, Eugène Green, Danielle Jaeggi, Jean Jeanneret, Patricia Kajnar, Fred Kihn, Daniel Kupferstein, Daisy Lamothe, Marion Lary, Georgi Lazarevski, Serge Le Péron, Sophie Letourneur, Jean-Pierre Lledo, Christophe Loizillon, Raphaël Mathié, Chiara Malta, Alain Mazars, Isabelle Mayor, Pomme Meffre, Hélène Milano, Jean-Claude Moireau, Nathan Nicholovitch, Didier Nion, Mariana Otéro, Emmanuel Parraud, Judith du Pasquier, Monique Perez, Nicolas Philibert, Eric Pittard, Gilles Porte, Frédéric Ramade, Philippe Ramos, Alain Raoust, Chantal Richard, João Pedro Rodriguez, Bruno Rolland, Christian Rouaud, Jean-Claude Rousseau, Régis Sauder, Pierre Schoeller, Idir Serghine, Reza Serkanian, Rima Sammam, Jean-Pierre Thorn, Justine Triet, Luc Verdier-Korbel, Catherine Tissier, Marie-Claude Treilhou, Jacky Tujague, Joëlle Van Effentere, Amélie Van Elmbt, Marie Vermillard, Vanina Vignal, Francois Zabaleta

CARTES ILLIMITEES, objet de marketing ou pratique culturelle ?


En consultant vos commentaires sur les forums et réseaux sociaux, j’ai constaté que vous étiez de plus en plus nombreux à regretter que l’action christine n’accepte toujours pas les cartes illimitées et certains semblaient interpréter ce refus par la crainte de voir nos recettes diminuer. Or c’est tout le contraire : en prenant cette décision, nos entrées, et par suite nos recettes ont baissé régulièrement ; pour moi c’est une question d’éthique prise par respect de mes engagements, des valeurs qui ont suscité à l’origine ma vocation d’animateur d’une salle de cinéma indépendante notamment :

– être responsable financièrement afin d’assurer une gestion au seul bénéfice de l’entreprise.

– disposer ainsi d’une totale liberté de programmation afin d’offrir une vraie ligne éditoriale.

J’espère que le texte qui suit vous permettra de mieux comprendre cette position, tant que la gestion des cartes illimitées sera faite par et au seul profit des circuits ; mais aussi que vous approuverez, et peut être soutiendrez ma suggestion, citoyenne plutôt que marchande, de confier désormais cette pratique à un établissement public, garant d’une meilleure transparence.

Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part ici en commentaires de vos remarques ou de vos encouragements.


Ils ont déclaré dans le passé :

  • Cette carte « est susceptible de fausser le jeu de la concurrence » et « le risque de perte de clientèle pour les salles indépendantes d’Art et d’Essai est important. »
    Francis LAMY, Médiateur du Cinéma lors de la création de cette carte
  • « toute initiative qui vise à l’élargissement du public de cinéma mérite d’être prise en considération. »
    Catherine TASCA, Ministre de la Culture lors de la création de la carte
  • « ce n’est qu’une stratégie impérialiste, aurait dit Marin KARMITZ, de captation de parts de marché et d’élimination de leurs concurrents dès qu’ils sont plus faibles. »
    Jacques FANSTEN, Edito de la SACD n° 146
  • « l’exploitation Art et Essai est directement menacée par les effets de la concentration, liés au déploiement des multiplexes et à l’apparition des cartes illimitées. »
    Xavier BLOM, extrait d’une table ronde publiée dans le bulletin AFCAE n°200
  • « une fois que tu as pris la carte……plus tu y vas, moins c’est cher, peu importe le film……et pour les plus frappés : plus j’y vais, plus j’enc**** le système. On a fait le tour : les plus rebelles sont les plus fidéles ! Bravo le marketing ! »
    VIKTOR, internaute, extrait d’un forum sur Allociné.fr
  • « avec la carte, les gens n’ont pas l’impression de payer la place, c’est comme s’ils n’avaient rien dépensé. »
    MIKES
  • « en fait je crois que la logique financière pour les réseaux utilisant une carte illimitée est en partie la même que celle utilisée par la grande distribution ; ils payent leurs fournisseurs un certain temps après avoir vendu leurs produits………..entre les deux, ils peuvent placer l’argent, plusieurs millions donc, si vous faîtes le calcul. Rajoutez à cela de meilleures ventes sur les confiseries et vous obtenez une affaire qui marche. »
    PEDRUS dialogue entre deux internautes sur le forum de Silverscreens
  • « c’est le seul secteur économique où des entreprises subventionnent directement leurs concurrents pour se faire pardonner leur dynamisme »
    Guy VERRECCHIA, Président du groupe UGC, extrait d’un entretien publié dans Le Figaro.fr
  • « ne pas accepter les cartes, c’est subir une lente mais inexorable baisse de fréquentation ; cela peut paraître irresponsable, mais les accepter c’est pour moi renier tous mes engagements passés à la défense du secteur indépendant, c’est devenir une succursale des circuits. »
    Jean Marie RODON, animateur de l’Action Christine

 

Pour en finir avec ce débat aujourd’hui dépassé

 Même s’il ne s’agissait, dans l’esprit de ses initiateurs, que d’un alibi, d’un argument de vente pour amener les spectateurs à consommer plus, le seul et réel intérêt des cartes illimitées a été de permettre aux plus motivés de voir tous les films qu’ils souhaitaient et peut être d’inciter les autres à fréquenter plus souvent les salles de cinéma ; alors inutile désormais de revenir sur toutes les dérives qu’elles ont engendrées, même si elles ont modifié dangereusement le mode de diffusion des films. Elles existent, aux spectateurs à faire leur choix. En revanche, si à l’origine les cartes furent un pur produit de marketing, elles sont devenues, depuis que les Indépendants n’ont eu d’autre choix que de les accepter sauf à voir leur fréquentation chuter, une pratique culturelle et de ce fait il est totalement anormal qu’elles continuent à être gérées par des groupes privés, toujours à l’affût d’une position de monopole et qui bénéficient ainsi d’un apport important et régulier de trésorerie. Refuser de prendre en compte cette nouvelle situation, serait condamner le secteur indépendant à disparaître ou du moins à devenir définitivement et totalement dépendant des circuits. Il est essentiel, pour l’avenir de la création cinématographique dans toute sa diversité et de sa diffusion, de confier la gestion des cartes illimitées à un établissement financier public du style Caisse des dépôts et Consignations.

Je me ferai alors une joie d’accepter ces cartes illimitées à l’action christine.

Jean Marie Rodon

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