Archives Mensuelles: avril 2012

CARTES ILLIMITEES, objet de marketing ou pratique culturelle ?


En consultant vos commentaires sur les forums et réseaux sociaux, j’ai constaté que vous étiez de plus en plus nombreux à regretter que l’action christine n’accepte toujours pas les cartes illimitées et certains semblaient interpréter ce refus par la crainte de voir nos recettes diminuer. Or c’est tout le contraire : en prenant cette décision, nos entrées, et par suite nos recettes ont baissé régulièrement ; pour moi c’est une question d’éthique prise par respect de mes engagements, des valeurs qui ont suscité à l’origine ma vocation d’animateur d’une salle de cinéma indépendante notamment :

– être responsable financièrement afin d’assurer une gestion au seul bénéfice de l’entreprise.

– disposer ainsi d’une totale liberté de programmation afin d’offrir une vraie ligne éditoriale.

J’espère que le texte qui suit vous permettra de mieux comprendre cette position, tant que la gestion des cartes illimitées sera faite par et au seul profit des circuits ; mais aussi que vous approuverez, et peut être soutiendrez ma suggestion, citoyenne plutôt que marchande, de confier désormais cette pratique à un établissement public, garant d’une meilleure transparence.

Bonne lecture et n’hésitez pas à me faire part ici en commentaires de vos remarques ou de vos encouragements.


Ils ont déclaré dans le passé :

  • Cette carte « est susceptible de fausser le jeu de la concurrence » et « le risque de perte de clientèle pour les salles indépendantes d’Art et d’Essai est important. »
    Francis LAMY, Médiateur du Cinéma lors de la création de cette carte
  • « toute initiative qui vise à l’élargissement du public de cinéma mérite d’être prise en considération. »
    Catherine TASCA, Ministre de la Culture lors de la création de la carte
  • « ce n’est qu’une stratégie impérialiste, aurait dit Marin KARMITZ, de captation de parts de marché et d’élimination de leurs concurrents dès qu’ils sont plus faibles. »
    Jacques FANSTEN, Edito de la SACD n° 146
  • « l’exploitation Art et Essai est directement menacée par les effets de la concentration, liés au déploiement des multiplexes et à l’apparition des cartes illimitées. »
    Xavier BLOM, extrait d’une table ronde publiée dans le bulletin AFCAE n°200
  • « une fois que tu as pris la carte……plus tu y vas, moins c’est cher, peu importe le film……et pour les plus frappés : plus j’y vais, plus j’enc**** le système. On a fait le tour : les plus rebelles sont les plus fidéles ! Bravo le marketing ! »
    VIKTOR, internaute, extrait d’un forum sur Allociné.fr
  • « avec la carte, les gens n’ont pas l’impression de payer la place, c’est comme s’ils n’avaient rien dépensé. »
    MIKES
  • « en fait je crois que la logique financière pour les réseaux utilisant une carte illimitée est en partie la même que celle utilisée par la grande distribution ; ils payent leurs fournisseurs un certain temps après avoir vendu leurs produits………..entre les deux, ils peuvent placer l’argent, plusieurs millions donc, si vous faîtes le calcul. Rajoutez à cela de meilleures ventes sur les confiseries et vous obtenez une affaire qui marche. »
    PEDRUS dialogue entre deux internautes sur le forum de Silverscreens
  • « c’est le seul secteur économique où des entreprises subventionnent directement leurs concurrents pour se faire pardonner leur dynamisme »
    Guy VERRECCHIA, Président du groupe UGC, extrait d’un entretien publié dans Le Figaro.fr
  • « ne pas accepter les cartes, c’est subir une lente mais inexorable baisse de fréquentation ; cela peut paraître irresponsable, mais les accepter c’est pour moi renier tous mes engagements passés à la défense du secteur indépendant, c’est devenir une succursale des circuits. »
    Jean Marie RODON, animateur de l’Action Christine

 

Pour en finir avec ce débat aujourd’hui dépassé

 Même s’il ne s’agissait, dans l’esprit de ses initiateurs, que d’un alibi, d’un argument de vente pour amener les spectateurs à consommer plus, le seul et réel intérêt des cartes illimitées a été de permettre aux plus motivés de voir tous les films qu’ils souhaitaient et peut être d’inciter les autres à fréquenter plus souvent les salles de cinéma ; alors inutile désormais de revenir sur toutes les dérives qu’elles ont engendrées, même si elles ont modifié dangereusement le mode de diffusion des films. Elles existent, aux spectateurs à faire leur choix. En revanche, si à l’origine les cartes furent un pur produit de marketing, elles sont devenues, depuis que les Indépendants n’ont eu d’autre choix que de les accepter sauf à voir leur fréquentation chuter, une pratique culturelle et de ce fait il est totalement anormal qu’elles continuent à être gérées par des groupes privés, toujours à l’affût d’une position de monopole et qui bénéficient ainsi d’un apport important et régulier de trésorerie. Refuser de prendre en compte cette nouvelle situation, serait condamner le secteur indépendant à disparaître ou du moins à devenir définitivement et totalement dépendant des circuits. Il est essentiel, pour l’avenir de la création cinématographique dans toute sa diversité et de sa diffusion, de confier la gestion des cartes illimitées à un établissement financier public du style Caisse des dépôts et Consignations.

Je me ferai alors une joie d’accepter ces cartes illimitées à l’action christine.

Jean Marie Rodon

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